Les origines des Frères à Beaucamps-Ligny

Frère Marcellin Champagnat

AU  TOUT  DEBUT  DE L’HISTOIRE  DES  FRERES  MARISTES  A  BEAUCAMPS…….IL  Y  A  175  ANS……

 par Frère ACHILLE et Dominique CREPIN (19/03/2018)

Beaucamps en 1830 : la population de cette commune est d’ environ 800 habitants parmi lesquels 50 indigents et 48 mendiants.

Lors de l’invasion du choléra en 1832, Mme la comtesse de La Granville recueillit dans une maison particulière tous les malades abandonnés et chaque jour dès 4 heures du matin elle était à leur chevet… Elle fit venir des Sœurs de l’Enfant Jésus de Lille pour les soigner. Ensuite les Sœurs furent chargées de l’instruction des filles.

Elle voulut de même faire instruire les garçons et s’adressa au Frère Philippe Supérieur des Frères des écoles chrétiennes. Il lui envoya un plan du local, mais ajournait la fondation. Elle s’adressa alors aux frères de Sion-Vaudemont. Congrégation du diocèse de Nancy Mr Baillard leur fondateur lui promit qu’il conduirait 2 frères à Beaucamps en septembre 1840. En novembre il promettait de nouveau 2 frères même sans brevet, comptant sur le brevet de l’instituteur en fonction. Le 14 septembre 1841 il promettait 3 frères et envoyait un projet de prospectus……

Mais la Comtesse pensait davantage aux Frères des écoles chrétiennes, car elle fut mal impressionnée par une visite des frères de Sion venus de Wambrechies, les trouvant trop jeunes. Ces frères de Sion avaient par ailleurs fait des réserves par rapport au logement prévu. Elle fit réécrire au supérieur des Frères des écoles chrétiennes à Paris. Mais une indiscrétion faite à Lille l’indisposa à leur égard……

Quelques temps auparavant, Mr Antoine Mainil, régisseur de Mr le Comte avait appris par Mr Louis Défontaine substitut du procureur du roi à Lille qu’il y avait des Frères Maristes à St Pol en Artois et que leur Fondateur M.Champagnat était à St Chamond près de Lyon. Sur cette indication Mr Mainil écrivit au Doyen de St Pol-en-Ternois et au Frère directeur.

Le Frère Andronic répondit en date du l’octobre 1841 et joignit un prospectus Le 16 octobre 1841, il transmit une réponse du supérieur général Frère François, qui disait ne pouvoir accepter pour cette année, mais donnait des espérances pour l’année suivante.

Pour avoir des renseignements plus positifs, Mr Mainil alla à St Pol durant l’hiver. Le 8 février 1842, Frère Andronic donna de nouvelles espérances de la part du Frère François. Le premier avril, il confirme la venue des frères pour fin Septembre. Le 19 Août le Frère Jean Baptiste (Assistant général) écrivit à Mme la comtesse de La Grandville que les frères arriveraient à la fin de septembre et il insistait pour que l’école fut entièrement gratuite.

Les frères Cyprien, Chaumont et Gélase firent leur retraite à St Pol après laquelle le Frère Cyprien nommé directeur, se rendit à Beaucamps afin de tout disposer en vue de l’ouverture de l’école. « Il fut reçu comme un ange du ciel » et Mme la Comtesse lui fit donner une chambre au château.

Le traitement des frères n’avaient pas encore été arrêté. Mme la Comtesse pensait faire payer une rétribution aux parents. Il fut convenu que les enfants de Beaucamps et de Ligny seraient instruits gratuitement Les autres paieraient 1 fr 25 dans la grande classe et 75 centimes dans la petite, sauf ceux qui présenteraient un certificat d’indigence signé de leur curé.

Il fut pourtant stipulé que tous les enfants paieraient les faux-frais, c’est à dire le chauffage et l’encre, à savoir 1 franc 50 pour les écrivains et 1 fr pour les autres ; mais il y a toujours eu un grand nombre d’indigents qui n’ont rien donné. Mme la Comtesse a payé pour eux…….

Mr Lefebvre, secrétaire de mairie, a bien voulu se charger de percevoir cet argent.

Mr Mainil poussa l’obligeance, jusqu’à conduire le frère Cyprien et l’accompagner dans les magasins pendant des journées entières pour acheter le mobilier. Il s’attacha à ne faire acheter que des objets très convenables sous tous les rapports  Il empêcha le frère directeur de prendre des articles sans utilité dans le pays ; il lui fit acheter quelques objets nécessaires auxquels il ne pensait pas.

Mr Mainil ne tint aucun compte de la somme affectée au mobilier !…..

Quand tout fut prêt on pensa à installer les frères. On écrivit à Mr Robitaille, doyen de St Pol qui se rendit à l’invitation avec 2 autres frères ; Ils arrivèrent la veille de la cérémonie. Mme la comtesse de La Grandville avait invité les curés voisins et plusieurs Doyens de Lille (sainte Catherine).

Le 18 octobre 1842, à l’appel de la cloche, une foule accourue et tous ne purent entrer dans l’église (cette église fut démolie et reconstruite en 1860)

A dix heures une grand’messe avec diacre et sous-diacre fut célébrée, les frères firent la communion au pied de l’autel. Mr le doyen de Ste Catherine prononça l’homélie. Après la messe l’on se rendit en procession à la maison des frères.

Le chemin était bordé de deux rangées de branches, les murs extérieurs de la maison étaient recouverts de verdure. Deux grandes guirlandes se croisaient au dessus de la cour portant des sentences pieuses et de joyeuses inscriptions. Mr le Curé bénit la maison, ensuite les clefs garnies de fleurs furent remises au frère directeur.

On dîna au château à deux heures, les frères furent placés auprès des personnes les plus distinguées. Il y eu quelques chants, on récita des vers et Mr le Curé chanta quelques couplets de sa composition.

Le fourneau de la cuisine n’étant pas encore en état de servir, Mr Mainil voulut bien recevoir les frères, ils étaient servis dans une chambre particulière et aux heures marquées par la règle. Il les garda ainsi pendant plus d’un mois.

Comme l’on désirait établir les frères comme instituteurs communaux, Mme la Comtesse fit offrir 600 francs d’indemnité au sieur D……….. s’il voulait bien démissionner. On lui promettait de l’ouvrage au château pour 1fr 25 par jour, faveur bien recherchée dans le pays .Avec cela il conservait sa fonction de Clerc laïc de la paroisse Ces conditions lui parurent insuffisantes. Les frères prirent le parti d’ouvrir leur école le 7 novembre comme instituteurs privés. Mais le pauvre Mr D………… n’eut plus aucun enfant dans sa classe, il s’empressa d’accepter les offres du château et il donna sa démission !

Le frère Cyprien n’eut qu’à se présenter devant le conseil supérieur pour être nommé instituteur communal…….

Avant l’ouverture des classes on consacra 5 jours à faire un examen préalable de tous les enfants au fur et à mesure que les parents les présentaient. Sur 150 qui fréquentèrent l’école la première année on en trouva que six qui purent répondre d’une manière satisfaisante aux questions sur les principaux mystères (de la religion !)

 

Plus d’une fois les parents qui voulaient souffler la réponse prouvaient qu’ils n’étaient pas plus instruits. Avant que les classes ne commencent le frère Chaumont fur remplacé par le fr. Gervais qui fit la 1° classe. Frère Gélase fut chargé de la seconde classe. Le frère Cyprien restait libre pour répondre aux parents et aux visiteurs toujours nombreux dans les commencements et il fit aussi la cuisine.

Les enfants arrivaient pour 7h30 le matin. Certains venaient de Wavrin ou d’Ennetières-en-Weppes et devaient se servir d’une lanterne pour s’éclairer. Beaucoup d’ecclésiastiques et autres personnes visitèrent les classes, les trouvant satisfaisantes ; En février, le frère Gélase fut rappelé à St Pol et frère Cyprien prit sa classe jusqu’au vacances de l’année suivante; le frère Pascal (futur assistant) en prit alors la direction.

La commune de Radinghem fournissait une quarantaine d’élèves. Quand vint la ducasse, ils s’absentèrent selon l’usage deux à trois jours de la classe. Lorsqu’ils se présentèrent, le frère directeur les renvoya tous. Il n’y en eut que quelques-uns qui furent ramenés par leurs parents !……

A très vite pour quelques informations concernant les Sœurs et nos fondateurs………..